Cultiver l’épanouissement pour récolter l’excellence

Il peut exister une forme d’eugénisme d’entreprise dans une description de poste. À prétendre définir le candidat parfait, ne renonce-t-on pas d’emblée à se laisser surprendre ? En raffinant a priori le profil idéal, on se ferme abruptement à ce qui fait le sel des personnes disponibles. Toute aspérité est prétexte à couper court et passer au suivant, au nom de l’efficacité du tri des dossiers. Un possible gisement de valeur risque bien de faire office de repoussoir. Si un Steve Jobs en devenir postule aujourd’hui, il y a fort à craindre qu’il soit écarté pour non conformité.

De leur côté, les candidats s’autocensurent afin de correspondre absolument à la description de poste imposée. Ils refoulent ce qui constitue leur originalité et finissent par se perdre eux-mêmes. Dans son Discours sur les sciences et les arts, Jean-Jacques Rousseau déplorait déjà les dégâts de l’uniformisation : « Tous les esprits semblent avoir été jetés dans un même moule : sans cesse on suit des usages, jamais son propre génie. On n’ose plus paraître ce qu’on est. »  C’est ainsi que le talent qui permettrait à un candidat de se distinguer avec authenticité est vécu comme un handicap pour être recruté.

Pourtant, le point commun entre les personnes qui réussissent avec éclat, c’est la persistance et l’efficacité avec lesquelles elles utilisent les qualités qui les rendent uniques. Imaginons le candidat retenu. S’il s’épanouit dans l’entreprise, au fil du temps, la réalité de son activité s’avérera probablement contrastée par rapport au descriptif de poste initial. Et si cette personne réussit remarquablement, il y a toutes les chances que ce soit grâce à des spécificités qui n’ont pas été explicitement demandées.

Pour un poste donné, les compétences et les tâches qui s’imposent sont à peu près de l’ordre de l’évidence. Au-delà, il y a plusieurs façons d’être un manager efficace, un ingénieur compétent, un bon commercial … La compétence permet de répondre aux attentes, mais en étant interchangeable avec les autres individus compétents. L’excellence, elle, autorise à dépasser durablement les attentes, et d’une façon incomparable. Pour exceller dans la durée, assumons pleinement notre propre style. On ne réussit pas en imitant quelqu’un d’autre, mais en devenant soi-même.

Une piste concrète pour passer de la compétence à l’excellence consiste à exploiter consciemment son originalité. On augmente alors sa performance et, en parallèle, le plaisir et le sentiment de s’accomplir. L’épanouissement transcende le sujet du bien-être au travail : c’est le signe de l’actualisation du potentiel d’une personne. C’est aussi le fondement d’une performance durable.

Dans un monde où le changement devient une contrainte permanente, le formatage est contre-productif. L’entreprise plafonne dangereusement quand tout le monde pense et fait la même chose. L’excellence de chaque individu se niche dans son originalité, qu’il s’agit d’accueillir et de cultiver. C’est en utilisant davantage ses potentiels uniques, en ajustant avec pertinence les rôles aux talents, que l’entreprise peut mieux faire face à l’incertitude perpétuelle. Probablement pas avec des descriptions de postes péremptoires.

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